Journal de MourréalY avait-il un expert en médias sociaux autour de la table quand, dans les hautes sphères du Journal de Montréal, la décision a été prise de partir à la chasse aux rigolos?

J’en doute. Ou s’il y en avait un, remerciez-le (dans l’autre sens du terme).

Rappel des faits: début juillet, le Journal de Montréal avait déposé une demande d’injonction pour tenter de faire fermer un site humoristique pastichant le noble quotidien de la rue Frontenac, et baptisé Le Journal de Mourréal. Devant l’ampleur du combat juridique à armes inégales qui s’annonçait, ledit site humoristique a finalement annoncé sa capitulation il y a quelques jours.

Qui a le plus perdu?
Pourtant, dans les hautes sphères du Journal de Montréal, on devait bien savoir que, quand on est gros, on ne s’en prend pas aux petits? Que le contrecoup dans les Internets ne se ferait pas attendre?

Comme de raison, depuis quelques jours la page Facebook du Journal de Montréal est prise d’assaut par des gens qui lui attribuent 1 étoile (la plus basse note permise sur Facebook). Au moment d’écrire ces lignes, ils étaient plus de 15 000 personnes à avoir ainsi manifesté leur mécontentement.

JdmSur Twitter, les défenseurs du site de plaisanteries s’en donnent à coeur joie. On a même vu apparaître (de façon un peu déplacée, j’en conviens) le mot-clic #JeSuisJournaldeMourreal.

Dans un revirement de situation in extremis, l’humoriste Mike Ward a même annoncé qu’il donnerait les recettes d’un spectacle à venir pour payer la défense du Journal de Mourréal.

Et on ne compte plus les blogues, articles, statuts dénonçant ce qui semble être une tactique d’intimidation de la part du Journal de Montréal, tout autant qu’un affront à la liberté d’expression. Pour ajouter un peu d’huile sur le feu, il ne manquerait plus qu’une chose: que Richard Martineau écrive une chronique pour défendre la décision de son employeur.

L’effet Streisand 2.0
Nous sommes ici dans ce qui ressemble à une variation de l’effet Streisand, ce phénomène médiatique selon lequel en voulant « empêcher la divulgation d’informations […] on déclenche le résultat inverse ». Dans notre cas, le Journal de Montréal, en voulant faire taire sa satire, a donné à ladite satire son plus gros coup de pub. En revanche, son dernier.

Je ne vois pas de situation, dans le monde 2.0, où une grande compagnie gagnera quoi que ce soit, en matière d’image de marque, à poursuivre ainsi de petits plaisantins.

McDonald’s, en poursuivant entre 1986 et 2005 deux militants écologistes qui avaient distribué des pamphlets contenant des informations plus ou moins véridiques dans un procès célèbre connu sous le nom de McLibel, a pourtant retenu sa leçon. McDo a bien gagné sa cause, mais son image publique en a pris pour son rhume. Et pas à peu près.

Or, dans le monde 2.0, tout va beaucoup, beaucoup plus vite. La simple menace d’un procès a suffi au Journal de Montréal pour subir les foudres de l’effet Streisand.

Dans le monde 2.0, soigner son image de marque, c’est bien sûr réfléchir à son identité, à sa couleur, à son ton. C’est aussi se comporter de façon civilisée, respectueuse: car chaque geste public peut potentiellement faire boule de neige dans les Internets et venir malmener une marque qu’on aura mis des années (et des sous) à développer.

Autour de la table dans les hautes sphères du Journal de Montréal, c’est probablement ce qu’aurait dit un expert en médias sociaux (s’il y en avait eu un, mais j’en doute). Trop tard.

*

En conclusion: vous êtes gros et quelques petits se moquent de vous? Laissez-les donc rire. C’est ce qu’on appelle la rançon de la gloire.

 

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Steve Proulx
par

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